samedi 18 mars 2006

Baisse de la fertilité: les pesticides mis en cause

Des chercheurs d'Harvard ont pour la première fois lier l'exposition de certains insecticides avec une baisse de la fertilité des hommes exposés à de faibles doses.

par Claire Avignon, JDLE


Des chercheurs d'Harvard ont pour la première fois lier l'exposition de certains insecticides avec une baisse de la fertilité des hommes exposés à de faibles doses.Dans un article paru dans le numéro de janvier de la revue scientifique Epidemiology, des chercheurs de l'école de santé publique de l'université de Harvard montrent que des hommes exposés à certains insecticides voient leur taux de testostérone diminuer. Les molécules en cause sont le TCPY (1), un métabolite (2) du chlorpyriphos et du chlorpyriphos-méthyl, et le 1-naphtol, un métabolite du carbaryl et du naphtalène. Tous ces insecticides ont subi une restriction de commercialisation, tant par l'Union européenne que par les Etats-Unis, du fait de leur toxicité pour la santé humaine et de leur dangerosité pour l'environnement. Cependant, son impact sanitaire risque de continuer car les agriculteurs et les jardiniers stockent ces insecticides chez eux. Par ailleurs, des études montrent que des traces de chlorpyriphos sont régulièrement trouvées dans de nombreux fruits et légumes. Ainsi, un rapport américain (3) de 1999-2000 a détecté du TPCY dans l'urine de 90% des hommes américains, et du 1-naphtol dans 75% des échantillons. «Les expositions à quelques pesticides largement répandus sont en fait omniprésentes dans les populations qu'elles les aient ou non utilisées», estime John Meeker, auteur principal de l'article.

C'est pourquoi son équipe s'est penchée sur les effets sanitaires d'une exposition faible aux pesticides. Cet article est l'un des premiers résultats importants portant sur les effets reprotoxiques des produits phytopharmaceutiques. Les chercheurs de Harvard ont compilé les données provenant de 268 hommes qui se sont présentés à une clinique d'infertilité du Massachusetts entre 2000 et 2003. Les analyses ont associé une hausse du taux de TCPY avec une baisse du taux de testostérone. Cette relation inverse a également été trouvée dans le cas du 1-naphtol. Or, les taux des métabolites des insecticides sont comparables à ceux trouvés dans le rapport américain de 1999-2000 sur la population masculine américaine.

«Parce que l'exposition est diffuse, si nos résultats se confirment, il pourrait y avoir un déclin statistique du taux de testostérone parmi toute la population masculine, ce qui peut potentiellement conduire à augmenter le nombre d'hommes infertiles», explique John Meeker. Bien sûr, rappelle le scientifique, d'autres facteurs de risque sont en cause pour expliquer les problèmes de fertilité, qu'il s'agisse de l'âge, du passé médical des hommes, etc. Pour confirmer ces résultats, l'équipe devrait bientôt procéder à une nouvelle étude, cette fois-ci uniquement sur les travailleurs exposés.



(1) 3,5,6-trichloro-2-pyridinol

(2) Les métabolites sont les produits de la transformation d'une substance dans l'organisme

(3) Etude du National health and nutrition examination survey (NHANES) appelée Second national report on human exposure to environmental chemicals

Exposure to Nonpersistent Insecticides and Male Reproductive Hormones.
Epidemiology. 17(1):61-68, January 2006.
Meeker, John D. *; Ryan, Louise +; Barr, Dana B. ++; Hauser, Russ *

étude complète accessible à l'adresse : http://www.epidem.com/pt/re/epidemiology/abstract.00001648-200601000-00012.htm;jsessionid=DG2Wqld9Ht4K8yNGoq5kkooV1JIiCJdmRN0xG3ke2F2P1Kl8JpDl!848925979!-949856144!9001!-1

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samedi 5 juin 2004

Les pesticides perturbent la reproduction humaine

Une étude menée en Russie auprès de travailleurs soumis a I'action de pesticides contenant de la dioxine révèle que les hommes exposés à cette substance engendrent plus de filles. L'étude a été réalisée par Gaétan Carrier, professeur au Département de santé environnementale et santé au travail de la Faculté de médecine de l'UdeM.
L'exposition aux produits de la famille des organochlorés a eu lieu dans une usine agrochimique active de 1961 a 1988 dans la ville d'Ufa. Tandis que naissent 106 garçons pour 100 filles dans la population de cette région, le ratio tombe a 54 garçons pour 100 filles chez les descendants des travailleurs de I'usine.
« Ces données sont semblables à celles de Seveso, en Italie, où une diminution du nombre de naissances de garçons par rap­port a celui des filles a été observée chez les individus qui ont été de façon accidentelle fortement exposés aux dioxines et aux furannes en juillet 1976 », signale le professeur Carrier, titulaire de la Chaire en analyse des risques toxicologiques pour la santé humaine.
En collaboration avec les chercheurs Zarema Amirova, du Cen­tre de protection de I'environnement à Ufa, et John Jake Ryan, de Santé Canada, Gaétan Carrier a analysé 84 échantillons de sang de deux cohortes de tra­vailleurs exposés, composées de 150 hommes et de 48 femmes. Les résultats montrent une con­centration chimique moyenne 30 fois plus élevée chez ces tra­vailleurs que dans la population de la région. La proportion de naissances de garçons (40 % contre 60 % de filles) était bien inférieure à celle de la ville d'Ufa et d'autres agglomérations ailleurs dans le monde. « Normalement, on s'attend à ce que ces taux soient respectivement de 51 % et de 49 % », souligne le chercheur.
Mais plus curieux encore est le résultat obtenu selon le sexe du parent contaminée. « Nous avons observé une diminution du nom­bre de garçons chez les pères exposés alors qu'il est stable chez les mères exposées.» Comme dans le cas de Seveso, I'exposition a des niveaux élevés de dioxine est associée à la naissance de plus de filles, mais seulement pour les enfants dont le père a été contaminé.
FÉMINISATION DE LA FAUNE
Ce phénomène d'« oestrogénisation » de la progéniture liée à 1'exposition aux organochlorés n'est pas propre a I'être humain. Dans un écosystème comme la rivière des Prairies, au nord de Montréal, des biologistes ont noté jusqu'à 70 % plus de femelles parmi les mollusques et les poissons.
Gaétan Carrier cite également des travaux menés en Grande - Bretagne sur plusieurs rivières, où des chercheurs ont constaté une féminisation de la faune, un problème susceptible de perturber la reproduction : « ils se sont aperçus que plusieurs clas­ses de produits chimiques miment l’action d'hormones ou bloquent celle de certains récepteurs.»
Le mode d'action de ces substances et la cause pré­cise de leur toxicité sont encore mal connus. Mais il semble que les pesticides organochlorés, dont le bisphénol A, les phtalates et les dioxines, perturbent le fonctionnement de notre système endocrinien.
On considère actuellement que les dioxines et les furannes font partie des 10 com­posés chimiques les plus toxiques présents sur la planète. Au point où leur élimi­nation complète fait I'objet d'un traité international auquel le Canada a adhère. À faibles doses, ces substances, qu'on trouve en microquantité dans l'air, I'eau, le sol et certains ali­ments, ne semblent pas dangereuses. À fortes concentrations cependant, comme ce fut le cas dans les villes d'Ufa et de Seveso, où il y a eu combustion incomplète de divers organochlorés tels les BPC, elles causent de graves problèmes de santé, dont le cancer chez les animaux le laboratoire.

« Les dangers pour la santé qui résultent de I'exposition à une substance toxique dépendent de multiples facteurs, dont la dose, la durée et le mode d'exposition ainsi que la présence ou l'absence d'autres produits chimiques », résume Gaétan Carrier. ^ Dominique Nancy

Gaétan Carrier a effectué son étude auprès de travailleurs d'une usine agrochimique d'Ufa, en Russie

Source : CAP et Revue les diplômés No 406 Printemps 2004

http://www.mdrgf.org/

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